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Roy Lichtenstein au Centre Pompidou, surprise et étonnement

M-Maybe, Roy Lichtenstein, 1965, Museum Ludwig Köln

M-Maybe, Roy Lichtenstein, 1965, Museum Ludwig Köln

Depuis le 3 juillet et jusqu’au 4 novembre, le centre Pompidou propose, pour la première fois, une rétrospective de l’oeuvre de l’artiste américain Roy Lichtenstein.
Il s’agit en fait d’une véritable tournée mondiale des œuvres de l’artiste pop art qui s’achève par la capitale française, capitale des arts. Après Chicago, Washington et Londres, Paris accueille un corpus de peintures, de sculptures et d’objets réalisés par un des maîtres du pop art.

Une organisation chrono-thématique rend l’oeuvre de l’artiste très lisible et compréhensible sans aplanir la richesse de sa production. Le choix d’associer à chaque salle des peintures, des objets et des sculptures donnent toute l’envergure du travail de l’artiste.

Tout le monde connait ces images emblématiques de la culture pop art sans forcément pouvoir les associer au nom de Lichtenstein. Je pense notamment à Whaam.

 

Whaam, Roy Lichtenstein © Estate of Roy Lichtenstein, Tate Modern, Londres

 

Roy Lichtenstein a surtout marqué les esprits par le style qu’il a développé : utilisation du point ben-day*, prenant son inspiration dans la bande dessinée, la société de consommation et dans toute l’histoire de l’art.

Cette rétrospective nous donne l’occasion de voir ses œuvres les plus connues, ce qui en soit pourrait suffire. Mais en parcourant l’expo, trop courte à mon goût, nous faisons des découvertes surprenantes. Nous allons au-delà du pop art tel que nous le connaissons et nous plongeons véritablement dans l’oeuvre de l’artiste qui provoque surprise et étonnement.

Pourtant, s’il y a bien quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas en allant voir cette expo, c’est bien d’être surprise ! Par ma formation en histoire de l’art, ma connaissance et ma passion pour toute la période contemporaine, par les nombreux cours et TD que j’ai pu donner à mes étudiants en  arts appliqués, je peux dire que je connais assez bien le mouvement pop art en particulier et l’art contemporain du 20ème siècle en général. Mais certains grands artistes ont cette capacité à produire plus qu’une image, plus qu’un message. Dans mes souvenirs je voyais le pop art et l’oeuvre de Lichtenstein comme cet art populaire, accessible, trop volontairement influencé par la société de consommation et par l’imagerie contemporaine pour être une source d’étonnement, de contemplation et de méditation.

Mea culpa, lorsque l’on se passionne pour l’art, on devrait savoir qu’il faut éviter d’avoir un avis trop tranché et définitif sur un artiste, une oeuvre ou un mouvement.

Emotion et contemplation

Si vous avez la chance de visiter cette exposition à une heure de faible affluence, vous aurez le temps de vous posez tranquillement sur un banc en face d’un objet, d’une sculpture ou d’une peinture

Le désir de contemplation apparaît assez tôt dans l’exposition. Ce désir de vouloir s’arrêter plus de deux minutes devant une oeuvre. D’abord, nous sentons que regarder cette image nous apaise, puis elle commence à nous poser des questions, elle nous amène à réfléchir et on s’arrête plus que la minute réglementaire sans vraiment avoir envie de repartir car on sait que c’est sans doute la dernière fois que notre regard croisera cette image inspirante. Rares sont les œuvres qui ont ce pouvoir. Bien sûr, cela varie d’un individu à l’autre, d’une sensibilité à l’autre, d’une histoire à l’autre.

Ce qui m’a surpris c’est de ressentir ce désir en face d’une oeuvre pop art de Lichtenstein. Ses images semblent tellement définitives, circonscrites à un sujet, claires et sans détour. La technique de Lichtenstein produit des images dépourvues de perspectives et de profondeur. Le spectateur se trouve confronter de manière frontale aux scènes et aux objets représentés. Mêmes ses sculptures ne sont pas véritablement travaillées en relief (Wall Explosion II, American FigureArchaic Hean VI).

Pourtant, plus on avance dans l’exposition et plus ces images prennent de la profondeur. Car derrière cet alignement ordonné de points formant des objets et des scènes familières se cache quelque chose d’indicible. C’est alors que l’on ressent le besoin de s’arrêter pour comprendre.

Pour reprendre une citation de Mies van der Rohe « Less is more ». L’oeuvre de Lichtenstein en est un parfait exemple.

La dernière salle est sans doute l’une des plus surprenantes. Lichtenstein concentre dans ses dernières productions une réflexion sur la peinture de paysage, sur sa technique, assume une influence chinoise et retravaille la notion de zen. La beauté de ses paysages dans un « style chinois » (comme le nomme le catalogue d’exposition jumelé de la Tate Modern et du Art Institut de Chicago) inspire la délicatesse asiatique et la grandeur des paysages chinois.

Entre figuration et abstraction

Le parcours chrono-thématique nous rend bien l’évolution de l’oeuvre de l’artiste tout en faisant apparaître dès le début une forte connivence entre figuration et abstraction. Deux modes de représentation que tout paraît opposer.

Dès la première salle, la balle de golf interroge notre regard. La représentation se limite à une balle, ronde, où le relief nous rappelle le point ben-day, le noir et blanc interdit toute originalité et nous renvoie stricto sensu à l’objet représenté. Une représentation où le graphique prend le pas sur le pictural et où le figuratif nous renvoie à l’abstraction. Cette image est-elle celle d’une balle de golf ou celle des éléments graphiques la constituant ? Sans contexte, l’objet est renvoyé à lui-même et privé de son utilité. Il est réduit à sa forme : des cercles noirs et blanc agencés de manière ordonnée. Nous sommes en effet proche de l’abstraction.

Plus loin dans la salle dédiée aux « Sujets émotionnels dans un style détaché », une autre référence lointaine à l’abstraction apparaît dans ces œuvres purement figuratives.

 

M-Maybe, Roy Lichtenstein, 1965, Museum Ludwig Köln

M-Maybe, Roy Lichtenstein, 1965, Museum Ludwig Köln

 

 

M-Maybe représente une jeune femme en pleine réflexion. Une texte dans un phylactère nous renseigne sur sa situation et ses pensées. IL s’agit bien d’une représentation figurée avec un contexte et des éléments iconiques facilement identifiables. Pourtant le décor en arrière plan constitué de buildings reprenant des traits parfaitement verticaux, l’emploi des 3 couleurs primaires et les cernes noirs dessinant le contours des formes m’ont immédiatement fait penser à Mondrian.

Elucubration fumeuse de ma part ? Je suis pourtant surprise par la citation que fait Lichtenstein dans son oeuvre quelque mètres plus loin dans l’oeuvre intitulée Non-Objective I.

 

Non-Objective I, Roy Lichtenstein, 1964, The Eli and L. Broad Collection

Non-Objective I, Roy Lichtenstein, 1964, The Eli and L. Broad Collection

 

 

Un hommage à l’oeuvre de Mondrian où le point ben-day fait irruption dans un monde gouverné par la verticalité et l’horizontalité des lignes, un monde où Mondrian s’interdisait les diagonales, les courbes et les cercles.

Un questionnement sur l’objet

Artiste pop-art à part entière,  Lichenstein nous donne évidemment l’occasion de nous interroger sur les objets. Il leur font la part belle à travers ses peintures et ses sculpture, il propose, comme tout pop-artiste une réflexion sur la société de consommation et sur les objets.

Certaines de ces œuvres m’ont interpellée au delà de la question de l’objet de consommation représenté. Je pense notamment à Magnifying Glass et à la série des Mirrors.

 

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Magnifying Glass, Roy Lichtenstein, 1963, Private collection

 

 

Lichtenstein s’amuse à produire une sorte d’illusion d’optique où sa loupe peinte grossit les points ben-day peints sur la toile. Ici, nous ne savons plus quel est l’objet principal représenté. S’agit-il du point ben-day ou de la loupe. Nous aurions envie de répondre : Ceci n’est pas une loupe.

Vous l’aurez compris cette exposition est riche en enseignement, en réflexion et en émotion artistique. D’autres thématiques pourraient être abordées mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous même.

 

* Point ben-day : au départ, il s’agit d’un procédé d’impression qui combine une trame de point en noir et blanc ou en couleurs primaires. Datant de la fin du 19ème siècle, il symbolise la reproduction mécanique et à grande échelle.