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Les champagnes Taittinger rattrapés par la loi Evin

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Récemment, les champagnes Taittinger ont été condamnés pour ne pas avoir respecté la Loi Évin.

Rappelons que cette loi légifère la publicité en faveur des alcools, entre autres.

L’objet du délit est une publicité diffusée en novembre dernier dans la presse à l’occasion du match de foot France/Ukraine comptant pour la qualification au Mondial. La maison Taittinger a été élue champagne officiel de la coupe du Monde 2014 par la FIFA. Un packaging particulier a d’ailleurs été créé pour l’occasion.

Il a semblé tout naturel pour la maison de champagne d’acter cet événement par une campagne publicitaire. Le visuel de l’annonce est très sobre : une bouteille de champagne et deux coupes se détachent du fond blanc. Un texte en très gros caractères associe la marque à l’événement sportif : « Taittinger, déjà qualifié pour le Brésil », accompagné d’un petit texte plus long revenant sur cet événement.

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Mais l’ANPAA (l’Association Nationale de Prévention contre l’Alcoolisme et les Addictologies) a jugé que cette publicité contrevenait à la loi Évin en associant la consommation de l’alcool à un événement sportif. Le tribunal de Grande Instance de Paris a donné raison à l’ANPAA et a condamné Taittinger à 2500 euros d’amende. Le président de la maison champenoise, Pierre-Emmanuel Taittinger, ne comprend pas la décision :

 

Je trouve ça consternant, on est le seul pays au monde où on ne peut pas en parler. On vient embêter des maisons de champagne qui font la gloire de la France à l’étranger. Je trouve ça affligeant, car on se tire une balle dans le pied et on abîme ce qui fait la fierté de notre pays à l’international.

En France, l’ANPAA (l’Association Nationale de Prévention contre l’Alcoolisme et les Addictologies) est très attentive à la publicité en faveur des alcools et a attaqué à de nombreuses reprises les alcooliers qui contreviennent, selon elle, à l’esprit de la loi Évin. La loi Évin est assez simple : il s’agit d’informer sur le produit et non d’inciter à sa consommation.

Dans ce cas précis, l’ANPAA a jugé que cette annonce encourageait à la consommation d’alcool. Son président, le médecin Alain Rigaud rappelle qu’il n’est pas interdit de faire de la publicité pour les alcools, mais qu’il faut respecter un cadre énoncé par la loi.

Il est vrai que pour les annonceurs et les publicitaires, faire la promotion de l’alcool est devenu périlleux. Au fil du temps et des attaques en justice répétées de l’ANPAA, une jurisprudence s’est mise en place et il est apparu certaines règles : ne pas présenter de personnage en train de boire, ne pas associer l’alcool au sport, au sexe, au flirt, se contenter d’un visuel sur le produit, etc…

L’ANPAA a toujours gagné ses procès. Le contexte ambiant de lutte contre l’alcoolisme et contre l’alcool au volant a encouragé une certaine sévérité en ce domaine. Il faut aussi avouer que les alcooliers et les publicitaires ont profité d’un certain laisser-aller durant les décennies précédant la loi Evin (1991). Pour preuve, cette publicité parue dans les années 1970.

Mais attention, l’ANPAA s’est attaquée à la communication publicitaire des vins de Bourgogne et des vins de Bordeaux durant le début des années 2000. Le vin, boisson nationale et culturelle n’est pas une boisson comme les autres. Cela a entraîné un débat dans les milieux concernés qui a débouché sur un assouplissement de la loi. Les tensions entre l’association et les viticulteurs sur le sujet de la loi Evin ne datent pas d’hier. Et le président de l’ANPAA, Alain Rigaud a voulu le souligner :

 

La viticulture française n’a jamais accepté la loi Evin, elle adopte une posture de victime en dénonçant un lobby hygiéniste et moraliste. Mais les risques et les dommages de l’alcool sont une réalité. 

Pour aller plus loin, retrouvez mon intervention sur « Les femmes et l’alcool dans la publicité », donnée lors de la journée d’étude organisée par le CEDITEC, le CRHEC et l’Université de Paris Est-Créteil.

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